Longtemps portée par l’innovation produit, le marketing et l’expérience de marque, l’industrie de la beauté entre dans une nouvelle phase de transformation. Désormais, la durabilité s’impose comme un enjeu structurant pour le secteur. Transparence sur les ingrédients, traçabilité des chaînes d’approvisionnement, affichage environnemental lisible et comparable : les attentes évoluent rapidement, sous l’effet conjoint des consommateurs, des distributeurs et du régulateur.
Dans ce contexte, Emmanuel Hembert, Global Cosmetics, Personal Care & Pharma Lead chez Quantis, et Jean-Baptiste Massignon, Directeur Général d’EcoBeautyScore, étaient les invités de BFM Stratégie pour décrypter les mutations en cours et les nouveaux équilibres qui redessinent le marché de la beauté.
À partir des enseignements du rapport Make Up the Future 2026, Emmanuel Hembert souligne un basculement majeur : la beauté durable n’est plus une attente de niche, mais un critère de choix de plus en plus déterminant. Pour autant, la confiance des consommateurs reste fragile. Beaucoup perçoivent encore les messages environnementaux des marques comme flous, peu comparables, voire opportunistes. Le défi n’est donc plus seulement de communiquer, mais d’apporter des preuves robustes, fondées sur des méthodologies scientifiques harmonisées.
Cette transformation oblige les acteurs du secteur à revoir leurs modèles en profondeur. L’impact ne se joue plus uniquement sur le packaging ou le positionnement marketing, mais sur l’ensemble du cycle de vie du produit : formulation, sourcing des matières premières, fabrication, transport, usage et fin de vie. La durabilité devient ainsi un sujet à la fois stratégique, opérationnel et économique.
L’émission met également en lumière le rôle croissant des distributeurs, devenus des acteurs majeurs de la transition. En structurant l’offre, en définissant des critères de référencement plus exigeants et en relayant les attentes du marché, ils contribuent à transformer la demande de transparence en exigences concrètes pour les marques.
Aux côtés d’Emmanuel Hembert, Jean-Baptiste Massignon revient sur la création d’EcoBeautyScore, standard commun conçu pour répondre à la fragmentation des approches d’évaluation environnementale dans le secteur. En s’appuyant sur une méthodologie scientifique partagée et sur l’analyse du cycle de vie, cette initiative vise à rendre l’information plus fiable, plus lisible et réellement comparable pour les consommateurs. Au-delà de l’affichage, l’ambition est aussi d’offrir à l’ensemble de la chaîne de valeur un langage commun pour accélérer la transformation.
L’échange aborde enfin une question clé : celle de la compatibilité entre transition durable et contraintes économiques. Si la reformulation, la traçabilité ou la sécurisation d’un sourcing plus durable représentent un investissement, le coût de l’inaction devient lui aussi de plus en plus élevé. Risques réglementaires, risques réputationnels, perte de compétitivité : pour les entreprises du secteur, la durabilité n’est plus une option, mais un facteur de résilience et de différenciation.
Dans cette émission animée par Frédéric Simottel, les intervenants reviennent sur les conditions d’une transformation crédible de la beauté : des standards harmonisés, une meilleure qualité de la donnée et un engagement collectif à l’échelle de toute la chaîne de valeur.

