Naturalia, enseigne bio du Groupe Casino, franchit une nouvelle étape dans son engagement environnemental en lançant, avec Quantis, une démarche inédite visant à renforcer la résilience de ses filières agricoles. Le projet s’est articulé principalement autour de deux axes complémentaires : la cartographie des impacts et dépendances aux services écosystémiques sur l’ensemble du portefeuille achats alimentaires pour identifier les filières les plus exposées ; et la conduite d’une analyse détaillée des risques physiques et leur traduction financière sur deux filières pilotes (la tomate et l’amande) aboutissant à un plan d’action de résilience sur 3 ans, coconstruit avec les équipes internes.

Les enjeux
Dans un contexte où les chaînes d’approvisionnement alimentaires sont exposées à des risques croissants, les distributeurs se doivent d’anticiper les disruptions. Depuis 2020, la volatilité des rendements agricoles et des prix des matières premières a atteint des niveaux inédits, fragilisant les filières d’approvisionnement des distributeurs alimentaires. Le système bio standard a déjà un pas d’avance ayant des bénéfices environnementaux importants (ex : qualité de l’eau, santé des sols, etc.), mais reste exposé à l’accélération du changement climatique. Dans ce contexte, la pression est double : répondre aux attentes environnementales de leurs consommateurs, tout en faisant face à des écosystèmes agricoles de plus en plus vulnérables.
La CSRD et l’EUDR1 viennent renforcer cette urgence en imposant une évaluation formelle des risques nature bien au-delà du seul carbone.

Ce graphique montre des périodes de variabilité des prix excessif se tel que défini par l’IFPRI (Une forte volatilité a lieu quand l’occurrence de prix extrêmes augmentent (prix >5%), une volatilité moyenne correspond des prix supérieurs sur aux fluctuations moyenne (probabilité 2.5-5%). Ce graphique porte sur l’ensemble du secteur, et pas uniquement sur le secteur bio.
Source: IFPRI Food Security Portal
Naturalia s’est tournée vers Quantis avec une exigence claire : passer de l’intuition à l’évidence. L’enseigne avait besoin d’identifier objectivement les filières les plus exposées aux risques nature et climat, de comprendre les pratiques agricoles de ses fournisseurs au-delà de ses propres cahiers des charges bio, de quantifier les enjeux financiers associés. En mobilisant ses équipes achats et ses partenaires fournisseurs, l’enseigne passe de l’analyse des risques liés à la nature à la transformation concrète de ses chaînes d’approvisionnement.
La solution : une démarche coconstruite avec les équipes et les fournisseurs
Au-delà de l’analyse, Naturalia a fait de ce projet une démarche collective.
Les équipes achats ont été directement impliquées dans l’identification des risques et des leviers d’action, tandis que les fournisseurs ont été sollicités pour partager leurs pratiques et leurs contraintes. Quantis a conçu une méthodologie structurée avec une approche en trois étapes : prioriser les filières les plus exposées, évaluer leurs risques physiques et financiers en détail, puis coconstruire un plan d’action concret avec les équipes internes.
1. Priorisation des filières à enjeux
Quantis a réalisé une analyse macroéconomique des impacts et dépendances aux services écosystémiques2 sur l’ensemble du portefeuille achats alimentaires de Naturalia, en s’appuyant sur la base de données ENCORE3 . Les impacts désignant ce que l’activité de Naturalia fait subir aux écosystèmes, tandis que les dépendances désignent ce que Naturalia tire des écosystèmes pour fonctionner. Les scores ont été adaptés pour tenir compte des spécificités de l’agriculture bio par rapport aux pratiques conventionnelles. Cette approche a permis d’établir un top 10 de filières prioritaires, parmi lesquelles deux ont été sélectionnées pour un pilote approfondi : la tomate et l’amande.
2. Analyse des risques sur les filières tomate et amande
Sur ces deux filières pilotes, Quantis a quantifié les risques environnementaux physiques actuels et futurs pour la nature et le climat (stress hydrique, sécheresse, déclin des pollinisateurs, érosion des sols, stress thermique) sur les zones d’approvisionnement en France, Espagne et Italie, sous deux scénarios du GIEC et trois horizons temporels (actuel, 2030, 2050). Ces risques ont été traduits en impacts opérationnels et financiers, sur la base d’entretiens et questionnaires menés directement auprès des équipes achats et des fournisseurs.
Pour la filière amande, l’analyse révèle que les zones d’approvisionnement en Espagne et en Italie sont déjà fortement exposées au stress hydrique, à la sécheresse et au déclin des pollinisateurs, avec une intensification attendue d’ici 2050 se traduisant par des pertes de volume, des baisses de qualité et une hausse matérielle des coûts d’achat.

3. Feuille de route de résilience
Sur la base de ces résultats, des ateliers transversaux ont été animés avec les équipes de Naturalia (achats, marketing, qualité, stratégie) pour coconstruire un plan d’action de résilience priorisé sur 3 ans. Les leviers travaillés incluent le soutien à la transition agricole (dont les politiques d’achat), l’adaptation de l’offre, la diversification des filières et la mobilisation de l’écosystème de partenaires. Ce plan d’action a été synthétisé en trois priorités concrètes et actionnables pour 2026.
Le changement climatique et l’érosion de la biodiversité ne sont plus des risques théoriques : ils impactent déjà nos filières et nos approvisionnements. Notre ambition est claire : transformer ces contraintes en opportunités pour construire des filières plus robustes, aux côtés de nos producteurs.
Richard Jolivet, Directeur Général, Naturalia
Les résultats
Cette approche participative permet d’ancrer la transition au cœur des décisions opérationnelles et de construire des solutions adaptées aux réalités terrain. Avec cette initiative, Naturalia s’inscrit parmi les premières enseignes bio à intégrer de manière structurée les risques liés à la biodiversité dans sa stratégie d’approvisionnement. Point essentiel : l’ensemble des résultats ont été rattachées au contexte commercial, aux contraintes et aux dynamiques de marché spécifiques de Naturalia ; les rendant immédiatement exploitables pour les décisions d’achat et la planification stratégique.
- Des éléments quantitatifs et qualitatifs directement mobilisables pour le reporting CSRD au titre des ESRS E2 (Pollution), E3 (Ressources en eau et marines) et E4 (Biodiversité et écosystèmes)
- Une liste priorisée de filières sur lesquelles approfondir les connaissances et engager des actions ciblées
- Une vision claire et financièrement étayée de l’exposition de Naturalia aux risques nature et climat sur les filières tomate et amande, assortie des leviers d’adaptation disponibles
- Une feuille de route de résilience pragmatique coconstruite sur 3 ans, avec des actions concrètes programmées d’ici fin 2026
- Une première sensibilisation des acheteurs aux enjeux environnementaux et agronomiques, construite à travers des échanges directs avec les fournisseurs et une implication active dans l’analyse
Cette démarche ouvre la voie à une évolution progressive des pratiques d’achats et des cahiers des charges, afin d’accompagner les producteurs dans l’adaptation aux enjeux climatiques et de biodiversité.
En tant qu’enseigne bio, nous avons une responsabilité particulière vis-à-vis de l’environnement et de nos consommateurs. Ce travail avec Quantis nous a donné les outils pour traduire cet engagement en actions concrètes, ancrées dans la réalité agronomique et économique de nos approvisionnements.
Sidonie Tagliante, Directrice marketing, communication et RSE, Naturalia
- Règlement européen sur la déforestation ↩︎
- Les services écosystémiques correspondent aux « bénéfices offerts par la nature, les espèces vivantes et les écosystèmes, aux populations humaines » (source Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité). Par exemple : l’accès à l’eau, la pollinisation, la fertilité des sols, la régulation du climat, etc. ↩︎
- La base de données ENCORE est recommandée par la Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD) et le Science-Based Targets Network (SBTN). ↩︎
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